Dans ce post, je vais vous montrer la remise en route d’un Motorola Z2 Play. L’objectif est simple : récupérer les données qu’il contient.
On pourrait penser que la solution est toute trouvée : il suffit de brancher un câble USB et de copier les fichiers. Dans un cas normal, c’est effectivement ce qu’il faudrait faire. Malheureusement, ici, le téléphone ne s’allume plus du tout. Lorsqu’un chargeur est branché, la LED de notification clignote plusieurs fois, puis plus rien. Aucune réaction, aucun affichage à l’écran.
La première étape consiste donc à éliminer les causes les plus simples. J’ai testé plusieurs chargeurs compatibles avec différents protocoles de charge (PD, Quick Charge, etc.), ainsi que plusieurs câbles USB. Malgré ces essais, le comportement reste exactement le même. Il faut donc poursuivre les investigations.
Pour poursuivre les investigations, il est nécessaire d’ouvrir le téléphone.
Sur ce modèle, cette étape est particulièrement délicate. L’écran, qui regroupe la dalle OLED et la vitre tactile, est extrêmement fin (moins d’un millimètre d’épaisseur) et reste très fragile. Il faut donc procéder avec beaucoup de précaution afin d’éviter de l’endommager.
La méthode que j’utilise, et qui est d’ailleurs assez répandue chez les réparateurs, consiste à chauffer progressivement les bords de l’écran à l’air chaud pour ramollir l’adhésif. J’applique ensuite de l’alcool isopropylique sur le pourtour du téléphone à l’aide d’une seringue ou d’un flacon muni d’un embout fin. L’alcool s’infiltre sous l’écran et facilite le décollement de l’adhésif, ce qui permet de retirer la dalle avec beaucoup moins d’effort et de limiter les risques de casse.
Une fois le téléphone ouvert, la première étape consiste à déconnecter la batterie. C’est une règle importante en réparation : il faut toujours isoler l’alimentation avant toute intervention sur les autres composants.
Une fois la batterie débranchée, je peux procéder au retrait de l’écran. Sur ce modèle, la dalle est reliée à la carte mère par un connecteur de type ZIF (Zero Insertion Force), également appelé Flip-lock connector.
La manipulation est assez simple : il suffit de relever délicatement la petite languette de verrouillage noire du connecteur, puis de retirer la nappe FPC de son emplacement. Cette opération doit malgré tout être réalisée avec précaution afin de ne pas endommager le connecteur, qui reste une pièce assez fragile.

La première vérification que j’effectue concerne la batterie. En effet, il arrive assez fréquemment que le BMS (Battery Management System) intégré à celle-ci se mette en sécurité lorsque la tension descend en dessous d’un certain seuil. Dans ce cas, la batterie peut sembler complètement morte alors qu’elle est simplement protégée par son électronique de gestion.
À l’aide d’un multimètre réglé en mode tension continue, je contrôle donc la tension directement aux bornes de la batterie. Pour des raisons évidentes, je n’ai pas pu prendre de photo de cette étape : je ne possède malheureusement que deux mains !
Et là… bingo ! Le multimètre affiche une tension de 0,00 V.
Deux possibilités se présentent alors : soit le BMS a coupé la sortie afin de protéger la cellule, soit la batterie est réellement descendue à 0 V et elle est malheureusement hors service.
Je procède ensuite au retrait de la batterie du châssis du téléphone, en prenant soin de ne pas l’endommager. Comme pour le retrait de l’écran, j’utilise de l’alcool isopropylique afin de ramollir l’adhésif et faciliter son décollage. Une autre solution consiste à utiliser un produit spécifique appelé “remover”, également utilisé pour ce type d’intervention.
À ce stade du diagnostic, deux solutions sont envisageables :
- Première possibilité : tenter de “réveiller” la batterie en lui appliquant un faible courant. Si la cellule n’est pas endommagée et que la tension remonte suffisamment au-dessus du seuil de sécurité, le BMS devrait se réactiver et autoriser à nouveau la sortie de tension.
- Deuxième possibilité : si la batterie est réellement hors service et qu’il est impossible de la récupérer, il faudra alors envisager un contournement du BMS afin d’alimenter directement le téléphone à l’aide d’une alimentation de laboratoire.
Avant de partir sur l’une ou l’autre de ces solutions, il faut d’abord déterminer si la cellule de la batterie est réellement vide ou si le BMS a simplement déclenché sa protection.
Pour cela, je dois mesurer la tension directement aux bornes de la cellule, avant le BMS. Il faut donc décoller délicatement la partie supérieure de la batterie afin d’accéder aux connexions internes.
En règle générale, le BMS se trouve du côté du connecteur de la batterie, mais ce n’est pas une règle absolue. J’ai déjà rencontré plusieurs modèles où l’emplacement était différent, il faut donc toujours vérifier avant d’intervenir.
Ayant maintenant accès à la cellule de la batterie, avant le BMS, je peux enfin contrôler sa tension réelle (toujours sans photo, le fameux problème des deux mains !).
La mesure affiche une tension de 2,58 V. La cellule n’est donc pas à 0 V et semble encore récupérable.
Je vais donc tenter un réveil de la batterie en appliquant une charge contrôlée directement sur la cellule, en contournant temporairement le BMS. La batterie étant une cellule lithium-ion de 3,8 V nominal, sa tension maximale en charge complète est de 4,2 V.
J’applique donc une tension de 4,2 V tout en limitant volontairement le courant à 100 mA afin de rester dans une charge douce et contrôlée. L’objectif n’est pas de recharger complètement la batterie, mais simplement de remonter suffisamment sa tension pour que le BMS sorte de son état de protection contre la décharge profonde.
Je laisse donc la charge agir jusqu’à ce que la cellule retrouve une tension suffisante et que le BMS réactive de nouveau sa sortie.
Attention toutefois : j’ai déjà rencontré des batteries dont le BMS, une fois verrouillé en protection, ne revenait pas en fonctionnement normal malgré une tension correcte de la cellule. Dans ce cas, il faut envisager d’autres solutions, comme le remplacement de la batterie ou un contournement temporaire du système de protection.
Une fois la batterie réveillée, le BMS se réactive correctement dans mon cas. Une tension est maintenant présente aux bornes de sortie de la batterie, c’est-à-dire sur les connexions qui alimentent directement le téléphone après le circuit de protection.
C’est un bon signe : la batterie est de nouveau reconnue par son électronique de gestion et le téléphone devrait normalement pouvoir être alimenté.
Il ne reste donc plus qu’à reconnecter la batterie au téléphone, brancher un chargeur USB et vérifier si celui-ci reprend la charge.
Et voilà ! Le téléphone reprend enfin la charge !
Il est toutefois important de rester vigilant pendant toute la durée de la recharge. La température de la batterie doit être surveillée régulièrement afin de détecter rapidement un éventuel comportement anormal. Une batterie lithium-ion ne doit jamais être laissée en charge sans surveillance, encore moins lorsqu’elle a subi une décharge profonde et une intervention de ce type.
Une fois la charge remontée à environ 20 %, je procède à la remise sous tension du téléphone. Le démarrage s’effectue correctement, il ne reste plus qu’à effectuer l’étape qui était l’objectif principal de toute cette intervention : la récupération des données.
Récupération de données effectuée !
Allez, en petit cadeau, voici l’un des “schematics” de la carte mère :
Comme quoi, un téléphone qui ne donne plus aucun signe de vie n’est pas forcément bon pour la casse. Avec un bon diagnostic, quelques mesures et un peu de patience, il est parfois possible de lui redonner suffisamment vie pour récupérer ce qui compte vraiment : les données de son utilisateur.
Merci pour votre lecture !








